• Joy Rivault

La petite histoire du poil (1):les secrets d’épilation dans la Grèce antique

Les terrasses sont réouvertes, le soleil est de retour, l’été pointe le bout de son nez, bref on se réjouit! Et comme chaque année, ces réjouissances ont un prix: le diktat du corps sans poils. Aujourd’hui, on s’intéresse donc à l’histoire de l’épilation et la symbolique du poil dans l’Antiquité.

statue Aphrodite Le Louvre, Paris
Aphrodite accroupie, Ier-IIe apr. J.-C., Musée du Louvre

LA SYMBOLIQUE DU POIL


La question de l’épilation n’est pas qu’une affaire de mode, c’est aussi hautement symbolique à toutes les époques. Pour les Égyptiens, le poil était impur. Hommes et femmes s’épilaient donc intégralement. Pour les Grecs, il était le symbole de la virilité, donc du courage.


Les femmes devaient s’en débarrasser alors que les hommes arboraient la barbe fièrement. Celle-ci évoquait également le statut social de celui qui la portait: les hommes libres étaient barbus, les esclaves se rasaient. Un citoyen grec en âge d’avoir une barbe ne pouvait donc se la raser sous peine de passer pour un lâche (sur le champ de bataille notamment) ou pour un homme de rang inférieur. Seul Alexandre Le Grand se permit le rasage de près, lançant la mode durablement. Petite folie impériale.

preuve archéologique pince Musée The Met, New-York
Pince à épiler en bronze, 2900-1050 av. J.-C., The Met

L’ÉPILATION, UNE AFFAIRE DE Femmes?


On sait que l’épilation était pratiquée dès la Préhistoire car des pinces à épiler ont été retrouvées dans des sépultures. Mais c’est dans la Grèce antique, vers 500 avant J.-C., que l’épilation se démocratise: tout le monde semble désormais s’épiler, quels que soient ses moyens ou son statut social.


Les Grecs peuvent se rendre chez le barbier, dans son échoppe, ou se faire épiler à domicile. Les femmes s’épilaient les aisselles, les jambes et le pubis. On n’a rien inventé! Les hommes grecs en revanche n’étaient pas très adeptes de l’épilation en général, contrairement aux Romains qui pouvaient s’épiler intégralement. On sait qu’ils portaient la barbe (hipsters avant l’heure), pourtant si vous regardez bien les statues grecques masculines dans les musées, vous remarquez qu’ils sont tous imberbes.


Pourquoi ce paradoxe? Tout simplement parce que l’art grec n’a pas vocation à montrer la réalité des corps mais un idéal de beauté sublimé. Dans la vraie vie, le poil est synonyme de courage et de sagesse, mais c’est le corps glabre qui suscite l’admiration et l’érotisme. Les hommes sont donc tous représentés dans la statuaire jeunes, athlétiques et imberbes, beaux comme des dieux grecs.


statue grecque homme British Museum
Discobole, IIe apr. J.-C., British Museum

TECHNIQUES D’ÉPILATION


Outre l’utilisation de la pince à épiler, facile mais pas franchement rapide, d’autres techniques sont utilisées par les Grecs pour s’arracher le poil. Attention, âmes sensibles, passez votre chemin… Bien sûr, il y avait le rasoir, classique et indémodable. Ils pouvaient aussi utiliser l’ancêtre de la crème dépilatoire (un produit fabriqué à base de farine de fève ou de poix; on trouve aussi des recettes avec de la chaux et du sulfure d’arsenic). On brûlait également les poils à la lampe à huile (donc à la flamme), ce qui devait demander une grande dextérité et générer pas mal d’accidents! Le proverbe "il faut souffrir pour être belle" n’a jamais été aussi vrai.


lampes à huile, Musée archéo Strasbourg
Lampes à huile, époque romaine, Musée archéologique de Strasbourg

On est d’accord pour dire que finalement nos séances d’épilation ne sont pas si terribles…