• Joy Rivault

La petite histoire du poil (2):Les secrets d’épilation dans la Rome antique

Aujourd’hui on vous parle d’épilation intégrale, de bikini body et de femmes à poils. Et tout ça, ça se passe dans la Rome antique.

mosaïque antique femmes bikini Rome
"Mosaïque des bikinis", Villa romaine du Casale

L’EPILATION POUR TOUS


Les hommes comme les femmes s’épilent à Rome. C’est la mode, généralement lancée par l’empereur. On s’épile intégralement. Poppée, la femme de l’empereur Néron, raconte qu’elle s’épile la poitrine, les aisselles, les jambes, les bras, la moustache et l’intérieur du nez. Difficile de faire plus intégral!


La technique d’épilation des Romains est un peu plus radicale que chez les Grecs. Ils brûlent les poils avec des coquilles de noix qu’ils font chauffer. Autant dire que ça ne devait pas brûler que les poils… L’horreur absolue. Ils pouvaient aussi arracher les poils avec une préparation faite à base de résine de pin, l’ancêtre de la cire. De belles souffrances en perspective.


À l'époque, pour s’épiler, on peut se débrouiller à la maison mais le mieux c’est quand même de faire appel à un professionnel. Pour cela, il suffit de se rendre aux thermes.



LES THERMES, LE SPA DES ROMAINS


Les thermes à Rome sont bien plus que des bains publics. Bien sûr on y va pour se laver, se détendre, se faire masser, se faire épiler, faire du sport, lire, mais aussi pour discuter de politique ou pour se tenir informé des derniers potins en ville. C’est un véritable mode de vie qui se diffuse dans tout l’Empire romain: toute ville romanisée se doit d’avoir des thermes.

Pedro Weingärtner, Femmes de Pompéi dans le frigidarium (1897)

Tout le monde peut s’y rendre car l’entrée n’est pas très chère mais seuls les gens aisés peuvent se permettre d’avoir des loisirs et de traîner tout un après-midi au spa. Les bains romains n’étaient pas mixtes: il y avait des créneaux horaires pour les hommes et pour les femmes ou des salles séparées dans les thermes les plus grands.


En arrivant, on déposait ses vêtements dans le vestiaire (apodyterium), puis on se faisait enduire le corps d’huile. On pouvait aller faire un peu de sport à la palestre (sorte de petit gymnase) ou aller dans une salle à vapeur pour suer, un sauna (sudatorium). Des bassins avec différentes températures étaient accessibles, du plus chaud au plus froid (caldarium, tepidarium et frigidarium). Les plus sportifs pouvaient faire des longueurs dans la piscine (natatio).



L’ensemble était chauffé par un système de chauffage au sol. Les Romains devaient donc porter des claquettes en bois (les socques), des sortes de tongs, pour ne pas se brûler les pieds quand ils circulaient en dehors des bassins.


mosaïque bains romains antiques
Mosaïque de bains publics avec inscription : SALVOM LAVISSE ("il est bon de se laver")

Véritable lieu de loisirs, il n’est pas toujours évident de se détendre dans les thermes comme en témoigne le philosophe romain Sénèque qui nous décrit son calvaire, lui qui habite juste au-dessus…


Mille cris divers retentissent autour de moi; je loge juste au-dessus des bains. Représentez-vous toutes les espèces de bruits qui peuvent offenser nos oreilles. Quand les plus robustes balancent leurs bras chargés de masses de plomb, quand ils se fatiguent ou font semblant d'être fatigués, j'entends des gémissements; quand ils reprennent leur haleine, j'entends leurs sifflements et leurs respirations forcées. Si le hasard m'envoie un de ces étuvistes maladroits dont le savoir se borne à l'onction la plus vulgaire, j'entends le coup de sa main sonner différemment sur les épaules selon qu'il la pose ouverte ou fermée. C'est bien pis encore, s'il survient des joueurs de paume qui se mettent à compter leurs points. Ajoutez à cela les ivrognes, les filous pris sur le fait, et ceux qui trouvent que leur voix fait bon effet dans le bain; puis les gens qui sautent dans la cuve en faisant résonner l'eau à grand bruit. Outre tout ce monde-là, dont les intonations sont du moins naturelles, représentez-vous l’épilateur qui fait presque continuellement entendre une voix aiguë et criarde pour qu'elle soit davantage remarquée, et ne s'arrête que lorsqu'il a trouvé des aisselles à épiler et un patient à faire crier à sa place. Puis viennent les clameurs diverses des pâtissiers, des charcutiers, des confiseurs, de tous les courtiers de tavernes, qui annoncent chacun leur marchandise avec des cris tout différents (Sénèque, Lettres à Lucilius, livre VI, lettre 56).


LA MODE DU POIL


À la chute de l’Empire romain d’Occident, en 476, les mœurs changent, la mode aussi. Fini l’épilation. Le christianisme déclare que le poil est naturel, donc qu’il faut le garder. Pendant près de cinq siècles plus personne ne va s’épiler. Il ne s’agit évidemment pas de prémices de revendications féministes de femmes qui assumeraient leurs poils. C’est un diktat religieux, mais pour une fois, dans l’autre sens!


C’est à leur retour des croisades en Orient que les hommes vont relancer la mode du zéro poil en Europe. Les Orientaux n’ont jamais cessé de s’épiler et il semblerait que ce n’était pas pour déplaire aux Croisés qui demandèrent à leurs femmes de se débarrasser de leur toison. Leurs gentils maris leur ramènent des recettes à base de cire d’abeille, de sucre et de gommes végétales. En revanche, les femmes du Moyen Âge ne se rasent pas trop les jambes, pas besoin, elles sont cachées par leurs longues robes. Par contre elles se rasent entièrement les sourcils, l’avant du crâne, les aisselles et le pubis. À chaque époque ses codes de beauté.


Et c’est reparti, la mode n’est qu’un cycle sans fin, comme l’épilation.